La Douleur - Autour de la douleur
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Dans les temps très anciens, douleur et magie se confondent. La douleur est due à la présence d'un
esprit mauvais à l'intérieur de l'homme souffrant (religion animiste, chamane, sorcier, medicine-man, ...). Il
n'est pas rare alors de voir le sorcier infliger une plaie à l'homme souffrant pour faire sortir l'agent
perturbant.Ces pratiques existent encore de nos jours, dans certaines régions africaines, véhiculées par
une philosophie animiste.
Les Egyptiens, les Hébreux, les Grecs anciens (dont Homère), continuent de considérer la douleur comme
un signe envoyé par les dieux sur les hommes. Avec sa formule célèbre "Divine est l'oeuvre de soulager
la douleur", Hippocrate avait désacralisé la souffrance vers 400 avant J.-C., affirmant qu'elle était un état
contre l'Harmonie naturelle. Aristote et Platon continuent à voir en elle non pas une sensation, mais une
émotion.
Galien et ses contemporains gréco-romains localisent la douleur dans le cerveau, centre de toutes les
sensations. Galien est le premier à chercher, dans la pharmacopée et la chirurgie, les moyens de lutte
contre la douleur et la maladie. Il a, en fait, une vision très moderne du rôle du médecin. Ses théories
anatomo-physiologiques vont devenir un dogme que personne n'osera contester pendant près de quinze
siècles. Harvey y parviendra avec l'aide efficace du jeune roi Louis XIV.
Au Moyen-Âge (mille ans d'ignorance, de malheurs, de guerres, d'invasions et d' épidémies), les médecins
sous la coupe de l'Eglise, ne semblent guère s'intéresser à la douleur, alors que l'on connaît bien des
plantes analgésiques (opium, sauge, lierre, mandragore) et que Avicenne, le Prince des Médecins et
philosophe, a écrit son fameux "Canon de la Médecine", véritable encyclopédie médicale en cinq livres qui
a fait grand bruit en Occident.
A la Renaissance, sous l'influence de Laurent de Médicis et de son Académie, la vision anatomique et
physiologique moderne de la douleur apparaît. Ce n'est plus une émotion, c'est une sensation transmise
par le système nerveux.Trois grands noms sont à retenir de cette époque : Vésale, Ambroise Paré
(chirurgiens et anatomistes hors pair), Paracelse.
Plus tard, Descartes se penche sur le mystérieux problème des douleurs du "membre fantôme".
De nombreux thérapeutes s'intéressent de plus en plus à la douleur. Témoin est cet extraordinaire
"Discours sur la douleur" de Marc-Antoine Petit, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Lyon, prononcé le 28
brumaire de l'an VII (21 novembre 1799), à l'ouverture des cours d'anatomie et de chirurgie de l'hospice
général des malades de Lyon, en guise de testament professionnel devant ses élèves et collègues.
Les XVIIIè et XIXè siècles sont importants à cause des progrès de la pharmacopée en général et de la
lutte contre la douleur en particulier. Sydenham met au point en 1750 le sirop de laudanum. Sertuener à
Hanovre, utilise la morphine. Découverte de l'hypnose par Mesmer en 1810, de l'utilisation du protoxyde
d'azote par Hickmann en 1828, découverte par Davy en 1799 du chloroforme, de l'aspirine et du véronal, de
l'éther par Morton et Jackson.
Velpeau, Malgaigne dans un premier temps furent des adversaires de l'anesthésie. En effet, cette
évolution ne se fait pas sans l'opposition forcenée des chirurgiens pour lesquels la douleur et partie
intégrante et inéluctable des opérations. Magendie, pour des motifs éthiques, considère que la perte de
conscience est quelque chose de dégradant et d'avilissant pour tout homme un peu courageux. Les
chirurgiens n'hésitent pas à dire que la douleur des malades opérés n'apporte rien à l'Académie de
Médecine. Ces résistances sont rapidement levées, par les mêmes qui s'aperçurent des énormes progrès
chirurgicaux que l'anesthésie entraînait.
Le XXè siècle, avec le développement des techniques analgésiques, de la pharmacopée, permet à l'homme
de concevoir pour les temps futurs, "un monde sans douleur". La question est de savoir si cela est possible
et si cela est souhaitable. W. Stewart Halsted, avocat d'une chirurgie élégante, la moins mutilante possible,
à la technique parfaite, à l'asepsie rigoureuse, est le promoteur de l'anesthésie locale. Il est le maître d'une
génération de chirurgiens qui vont essaimer ses idées humanistes.
Réné Leriche est l'un de ses disciples. Chirurgien de la Grande Guerre, organisateur des hôpitaux militaires
de la région parisienne, il finit celle-ci comme "chirurgien des gueules cassées". Créateur de "Cahiers
lyonnais", il écrit des centaines d'articles et un livre sur la chirurgie et la douleur. Il est dans notre pays,
l'initiateur de cette approche de la douleur. Autres noms à connaître : ceux de John Bonica et de White qui,
dans la seconde moitié du siècle, définissent les "pain clinic" et sont les précurseurs de nos Centres
d'Evaluation et de Traitement de la Douleur.